Le plus grand désert de sel, le Salar de Uyuni



Près de la Cordillère des Andes, s'étalant sur les plateaux des départements d'Oruro et de Potosi (sud-ouest de la Bolivie), une gigantesque étendue de sel culmine à 3656 mètres d'altitude. Un véritable désert blanc, composé de nitrates et chlorures de sodium, de potassium, de magnésium, d'iode, de lithium... A perte de vue, le Salar de Uyuni, ancien lac à l'apparence aride, s'étend sur 10 582 km², qui font de lui la plus grande réserve terrestre de sel de la planète.

Le grand désert blanc de sel - Salar de Uyuni (img 1)
Un lieu magique mais hostile

Le Salar de Uyuni est une partie du haut-plateau Altiplano, formé en même temps que les montagnes des Andes. Ce plateau contient de nombreux lacs, d'eau douce et d'eau salée, généralement entourés de montagnes qui en empêchent l'évacuation. Ces conditions permettent classiquement l'apparition d'étendues salines (endoréisme), du fait du caractère hydrologiquement fermé : l'eau ne peut s'évacuer que par évaporation, laissant derrière elle les minéraux tels que le sels.


Salars de Coipasa (bas-droite) et Uyuni  (img 2)
Il y'a quelques 30 000 à 42 000 ans, selon la datation carbone, le haut-plateau était recouvert d'un lac préhistorique gigantesque dont le premier nom fut Lake Minchin,  avant qu'il ne soit renommé en Lac Tauca. D'une profondeur allant jusqu'à 140 mètres, le lac s'assécha progressivement, donnant naissance à de nouvelles étendues d'eau plus petites, dont l'actuel lac Uru Uru, le  Poopó, et les deux lacs salés Salar de Coipasa et le grand Salar de Uyuni. Le processus de séparation s'est vraisemblablement terminé il y'a un peu plus de 10 000 ans, et depuis, chacun des lacs a continué son existence indépendamment... 

... Ou presque : durant la saison des pluies, le Poopó, voisin du célèbre et énorme lac Titicaca, se remplit lorsque le Titicaca déborde. A son tour, le Poopó évacue son trop plein d'eau en inondant le Salar de Coipasa, qui déborde à la suite dans le Salar de Uyuna. Lorsque ce dernier est inondé, le lac reflète la lumière intensément, et constitue le plus grand miroir de la planète.

La croûte de sel et la solution saline qu'elle couvre (img 3)
Le Salar de Uyuni n'est pas totalement sec, comme le laisserait suggérer sa surface en saison sèche : il est en fait recouvert d'une croûte de sel épaisse de quelques dizaines de centimètres à quelques mètres, selon les endroits. Au dessous se trouve une couche qui n'est pas à proprement parler un lac, mais davantage une solution saline saturée en chlorure de sodium, lithium et magnésium

Au centre du Salar, on peut apercevoir quelques îles dont la célèbre Île corrallienne d'Incahuasi, couverte de cactus, et à partir de laquelle l'horizon sur 360° ne montre que l'étendue de sel à perte de vue. On trouve toutefois sur ces îles, les vestiges d'une flore et d'une faune passées, sous l'aspect de fossiles d'algues et de structures coralliennes.

L'Île d'Incahuasi, formé de roches fossile et couverte de Cactus, au centre du Salar (img 4)

Le lac asséché semble un désert d'argile craquelée (img 5)
La température du site varie peu, de -10 à 20°C, et le climat est relativement aride, avec des précipitations n'excédant que rarement 3 mm d'eau et 5 jours de pluie maximum, par mois. La haute altitude et le climat en font un endroit particulièrement peu propice à une vie végétale et animale débordante d'activité. Néanmoins, de nombreux oiseaux y font un passage (flamants de James, colibris Estelle), de même que d'autres animaux peuplant ces contrées, tels que des renards de Magellan et leurs proies, les rongeurs viscache de Bolivie. La végétation est quant à elle largement dominée par les echinopsis (cactus géants) dont la taille atteignant parfois 12 mètres de haut laisse entrevoir la stabilité, voire la fixité, de l'environnement (ces cactus grandissent d'un centimètre par an).

La plus grande réserve de sel de la planète

La plus grande réserve terrestre de sel de la planète (img 6)

Le Salar contient majoritairement des sels de sodium, potassium, lithium et magnésium, sous leur forme chloride (NaCl, KCl, LiCl et MgCl2, respectivement), est des carbonates (borax). Néanmoins, le Salar de Uyuni a la particularité d'une grande proportion de lithium (de l'ordre de 0,3%), qui en fait la plus grande réserve connue de ce métal sur la planète, avec plusieurs millions de tonnes (les évaluations vont de 8 millions jusqu'à 140, ce qui représenterait plus d'un tiers des réserves mondiales), dans une masse totale de sel évaluée à 64 milliards de tonnes!

L'exploitation de sel est une manne industrielle (img 7)
Or le lithium est un élément devenu indispensable ces dernières années avec la multiplication des composants électriques tels que les batteries (ordinateurs et téléphones portables). Le Salar de Uyuni constitue donc une manne pour l'industrie Bolivienne. Le lithium est principalement extrait de la solution saline, par pompage de celle-ci. Il n'existe cependant toujours pas de station de pompage de grande envergure, le gouvernement Bolivien refusant l'exploitation par des sociétés étrangères, et préférant déployer ses propres installations, pour une extraction modeste, en premier lieu, de l'ordre de 1200 tonnes de lithium par an, qui devrait croître jusqu'à 30 000 tonnes par an en 2012.

Un hôtel construit en brique de sel! (img 8)
Le Salar est aussi un lieu de passage privilégié, du fait de sa position, pour traverser l'Altiplano. Plusieurs pistes au dessous desquelles la croûte de sel est épaisse et dure, traversent le lac asséché. Il est également devenu au fil des ans un lieu touristique insolite, tentant de faire découvrir au visiteur ses étranges paysages : île, désert de sel, installations d'extraction... Un hôtel de sel y a même été construit, les matériaux nécessaires étant bien évidemment pris sur place, sous la forme de briques de sels! Meubles, murs, couloirs... Tous faits de sel du Salar. De manière anecdotique, on peut aussi relever l'existence, à 3 km du Salar, mais connecté à lui par des rails, d'un cimetière de trains, constituant également l'une des attractions touristiques du site.

Le plus grand miroir naturel de la planète? (img 9)
Pendant l'été austral, surtout de novembre à janvier, le lac Titicaca et les pluies peuvent inonder le lac, lui conférant l'aspect d'un miroir où le ciel semble n'avoir pas de fin. Si la couche d'eau est généralement très fine, de l'ordre d'une dizaine de centimètres, la platitude extrême du lac le rend lisse jusqu'à l'horizon, lorsqu'il est inondé. Il permet alors aux satellites de se calibrer : du fait de son taux faible d'humidité (précipitations faibles) le ciel est peu nuageux. De plus, sa platitude en fait l'une des portions les plus stables de la planète, dans la mesure de distance terre-espace. Ces facteurs, ainsi que la réflectivité élevée (albédo de 0,69 pour les ultraviolet) et néanmoins également stable, font de ce site le meilleur endroit pour calibrer un satellite, 5 fois plus sûr que lors d'un calibrage sur une étendue d'eau classique (mer, océan, grand lac).

Ce magnifique paysage, s'il constitue le plus grand des déserts de sel avec ses 10 600 km², n'est pas le seul. En Amérique latine, existe également les Salinas Grandes d'Argentine (8900 km²), situées dans une zone particulièrement riche en salines (près de 30 000 km²), le Salar de Coipasa auparavant cité (3200 km²) ou le Salar d'Atacama au Chili, qui constitue également une importante réserve de lithium. De par le monde, existent également de telles étendues : le Pan d'Etosha attirant chaque année, lors de la saison des pluies, des milliers de flamands roses, en Namibie (6133 km²) ou le Chott el-Jérid de Tunisie (5000 km²).


L'exploitation du sel trouve de la matière brute sur place en cassant des briques de sel à même la croûte (img 10 et 11). Avec son fort albédo et sa surface lisse lorsque le lac est inondé, le Salar de Uyuni constitue l'un des plus grands miroirs naturels, et l'un des plus performant pour le calibrage des satellites! (img 12)

Crédit photos : Loic Marchat, (img 1, 6, 8), Maximage (img 9), Pierre Pisano (img 10), Pasaporteblog (img 5), Luca Galuzzi (img 7), NASA (img 2), Mitsuhirato (img 3), Ezequiel Cabrera (img 12), Steffen Sledz (img 11), Martin St-Aman (img 4)


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont soumis à modération avant d'être publiés. La publication peut prendre quelques jours.

Twitter Delicious Facebook Digg Favorites More