Posidonia Oceanica, la plus vieille entité vivante?



C'est en Mer Méditerranée, au large des côtes d'Ibiza, que vit l'un des plus imposants super-organismes, tant par sa taille que par sa longévité. Comme la majorité des espèces qui présentent des colonies prétendant aux titres de plus vieux, plus volumineux, ou plus anciens organismes, Posidonia Oceanica est une plante simple dont une particularité consiste à se propager par reproduction asexuée, donnant naissance à de nouvelles pousses génétiquement identiques. Un herbier composé de nombreuses copies de la plante d'origine peut ainsi acquérir une taille et un volume très importants.

Cette capacité lui vient en partie de sa forme et de sa structure : Posidonia Oceanica est une plante à fleur aquatique composée de longues feuilles, de racines mais également de tiges rhizomateuses capables de s'étendre horizontalement sur le fond marin et d'y reprendre racine. L'ensemencement étant relativement faible chez cette plante, le développement par propagule (enracinement des parties rhizomateuses et recolonisation des fonds marins) est une voie de reproduction permettant à Posidonia Oceanica d'améliorer la survie de l'espèce en fondant des colonies de clones sur le fond marin avoisinant. Sa reproduction classique sexuée garantit quant à elle la diversité génétique.

Plants de Posidonia Oceanica / Structure rhizomateuse. Img : Eol ; Faulwetter S.
Découverte

Posidonia Oceanica Linnaeus Delile. Img : Balata D.
Les posidonies de Méditerrannée (Linné, 1735 - Delile, 1813)  sont connues depuis plusieurs siècles, mais ce n'est que récemment grâce aux techniques d'ingénierie génétique qu'il est possible d'observer leur développement en tant que colonies clonales.

En 2006, une équipe internationale comprenant des experts du CSIC (Institut National de Recherche Scientifique), de l'université des Iles Baléares, des institutions scientifiques du Portugal et des Etats-Unis, annoncent avoir découvert le plus vieil organisme encore vivant connu. Cet organisme est une colonie clonale de posidonies de Méditerranée, établie sur 8 kilomètres de long et née il y'a quelques 100 000 ans.

L'organisme évolue dans une prairie sous-marine entre les zones d'Els Freus (Formentera) et les Salinas de Ibiza, soit une zone en forme de canal couvrant près de 700 km², dont la profondeur moyenne de 18 mètres est particulièrement propice au développement de Posidonia Oceanica. Selon le Pr Carlos Duarte, l'un des découvreurs, la colonie clonale repérée au sud des côtes d'Ibiza, y compterait près de 100 millions d'exemplaires.

La mesure des dimensions de Posidonia Oceanica n'était pas évidente compte tenu des nombreuses espèces de plantes aquatiques présentes, de même que les colonies de la même espèce. L'analyse de marqueurs génétiques, but original de la recherche, a cependant permis de confirmer et d'officialiser la découverte. En Méditerranée, les chercheurs soupçonnent l'existence de plusieurs super-organismes semblables sur les zones appropriées : Les prairies aquatiques aux abords et entre les ïles de Chypre et de Sicile se prêteraient tout à fait au développement d'autres colonies de posidonies.

Développement futur

L'avenir de Posidonia Oceanica est incertain : rejets humains en mer, réchauffement climatique et des eaux, altèrent sa compétitivité avec d'autres espèces aquatiques. Si l'on estime que les posidonies occupent près de 50 000 km² de fond marin, elles perdent chaque année 1 à 2% de leur population.
Posidonia Oceanica dans les fonds marins. Img Sussman R.
Les posidonies de Méditerranée ont un développement lent, de l'ordre de quelques centimètres par ans, avec un ensemencement relativement faible, aussi, la moindre perte de performances peut provoquer de grands bouleversements non seulement dans l'évolution de ces plantes, mais également dans tous l'écosystème des fonds marins. Il faut ainsi plusieurs siècles fastes pour que l'herbe puisse recoloniser un territoire perdu, et permettre à nouveau l'étonnante biodiversité que l'on observe actuellement dans son habitat.

Posidonia Oceanica offre en effet un gîte et un abri à de nombreuses espèces méditerranéennes avec lesquelles elle entretient plusieurs liens d'interdépendance (abri, nourriture, production d'oxygène, etc...). Elle contribue également à maintenir la biodiversité par son action sur l'environnement, par exemple en filtrant les particules en suspension dans l'eau, en absorbant le dioxyde de carbone et en accélérant la sédimentation des sols.


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