Le poisson parasite candiru, vampire du Brésil



Le candirù est un poisson parasite dont la renommée n'est plus à faire. Extraordinairement craints des populations d'Amazonie, ces poissons vampires font l'objet de légendes et de constats terrifiants. Ils sont pourtant largement méconnus.

Introduction

Un candiru Vandellia cirrhosis.  img I. Sazima.
La candiru (candirù, poison vampire du Brésil, Toothpick fish) est un petit poison d'Amazonie de la famille de trichomycteridae. Le candiru désigne généralement le genre Vandellia, dont on recense une douzaine d'espèces. Les plus grands de ces poissons atteignent les 40 centimètres, néanmoins, la majorité des espèces se cantonne à une taille modeste, allant de quelques cm à 15 cm. Ces petites espèces sont largement connue pour le parasitage insolite de l'urètre des hommes, dont le premier (et seul, jusqu'à présent) cas documenté a été décrit en 1997[1]. Ce type ne parasitage est toutefois accidentel, les cibles prioritaires étant d'autres poissons. Schultz (1964) et Myers (1977) ont mis en évidence le caractère nécrophage des candirus, dont la sauvagerie et la rapidité à dépecer une victime rappelle celle des bancs de piranhas.

Le candiru désigne également et spécifiquement l'espèce vandellia cirrhosa, décrite pour la première fois en 1846[2]. C'est de cette espèce dont on parle généralement lorsqu'on évoque son mode de parasitage étonnant. Le Folklore local lui attribue ainsi la possibilité de se loger dans les orifices humains (vagin, urètre, plaie ouverte...). Ils sont d'autant plus craints que petits et difficilement repérables par rapport au fond du fleuve.
Candiru - trychomycteridae - img : P. Henderson
Habitat et caractéristiques

Vandellia cirrhosis. img : Project Amazona
Le candiru fait partie des nombreuses espèces peu connues peuplant le fleuve Amazone, on le trouve dans les bassins de ce fleuve et du Rio Negro (et Orénoque, Venezuela). Il vit donc en eau douce, tant en surface qu'en profondeur. Certains observations ont ainsi été effectuées dans des fosses de l'Amazone allant jusqu'à 90 mètres de profondeur. L'espèce vandellia cirrhosa se présente sous l'aspect d'un poisson à petite tête dont le corps, translucide, présente un dos gris et un ventre blanc qui peut paraître proéminent, d'autant plus après un repas bien fourni. Vandellia cirrhosa peut atteindre une quinzaine de centimètres. Il présente également autour de la tête des barbillons caractéristiques des poissons chats, agrémenté de nombreuses et fines épines qui lui permettent de s'accrocher à sa victime.

Le surnom de vampire lui vient de son régime alimentaire : parmi 48 000 espèces de vertébrés, vandellia cirrhosa est l'une des 20 rares espèces (avec notamment, certaines chauve-souris) se nourrissant principalement de sang (hématophagie).

Parasitage et prédation

Le candiru a fait l'objet de nombreuses légendes, les populations locales le craignant davantage encore que les célèbres piranhas. Ce buveur de sang serait capable de remonter l'urètre ou d'autres orifices humains (anus, narines, plaies...) pour s'y accrocher et se nourrir du sang et de l'urine rejetée.
Parasitage classique du Candiru

Ces légendes sont toutefois surfaites : les habitudes de parasitage concernent de plus gros poissons, et précisément leurs branchies, dont les candiru seraient capables de repérer les rejets. Une fois harnaché, grâce à ses épines operculaires érectiles, à l'intérieur des branchies, le candiru sectionne une artère (ventrale ou dorsale) et peut se nourrir des restes de repas et du sang évacué par ces appendices. Une attaque de ce type est rapide, elle dure généralement entre 30 et 145 secondes et suffit pour gonfler le candiru qui se gorge de sang. A cet égard, il convient de noter que la pression seule du système sanguin de l'hôte suffit à évacuer le sang dont le candiru va se nourrir. Techniquement, aucun mécanisme actif de prélèvement (par exemple, pompage) n'est nécessaire pour le candiru. C'est donc dans une certaine mesure à tort que l'on attribue des caractéristiques vampiriques à ce poisson, puis que la notion de "suceur de sang" se révèle en pratique fallacieuse. On peut noter également que certaines proies ont trouvé des parades à ce mode de parasitage. Ainsi, Colossoma macropomum peut bloquer ses attaques en coinçant le poisson parasite entre les membranes branchiales, ou en utilisant ses nageoires pectorales pour chasser l'intrus.

Le candiru parasite-t-il l'homme?

Les nombreuses et terrifiantes anecdotes d'attaques d'humains par un candiru se sont toutefois révélées envisageables lorsqu'en 1997, un jeune amazonien constitua le premier (et seul, pour le moment) cas documenté d'un candiru entré et accroché à son urètre. 

Le patient de 23 ans était en train d'uriner dans une rivière lorsqu'un candiru s'est introduit dans son pénis. Malgré des tentatives infructueuses pour retirer le poisson, celui-ci étant trop petit et glissant, le patient s'en sort sain et sauf après une chirurgie par voie endoscopique effectuée par le Dr Anoar Samad, qui relata alors l'incident, photos à l'appui. Le candiru extrait, bien que dans un état qui ne permette pas sa classification, mesurait tout de même 13,4 cm!

Le 28 octobre 1997, L'un de nous (Samad) a assisté un jeune homme de 23 ans originaire de la ville d'Itacoatiara, contiguë au fleuve Amazone, suite à l'obstruction de son urêtre, après qu'il ait été attaqué par un candiru. Avant d'être opéré, le patient est resté sans traitement pendant trois jours, hormis des antalgiques administrés pour lutter contre une vive douleur pénienne. Au quatrième jour, le patient présentait alors de la fièvre, une douleur de plus en plus cinglante, ainsi qu'un gonflement œdémateux du scroteum, ajoutant à cela une distension de l'abdomen vraisemblablement due à une rétention d'urine.

L'intervention chirurgicale fut alors envisagée, ultérieurement rejetée en faveur d'une intervention par voie endoscopique. Le patient a été anesthésié à la lidocaïne (5%) et la procédure initiée. Le poisson fut attrapé par une pince-alligator fixée sur l'endoscope puis retiré en une seule pièce. Il était mort et la décomposition avait commencé à ramollir les tissus. Les épines s'étaient desserrées à la mort et n'étaient plus accrochées. Si le poisson avait encore été vivant, le retirer se serait certainement avérer plus difficile et traumatisant pour le patient.

Selon celui-ci, "le poisson avait pénétré son urètre alors qu'il urinait dans la rivière et ce, bien que le pénis ne fut immergé. Le patient a alors tenté de retirer le candiru sans succès, celui-ci étant très glissant, et tandis qu'il se frayait à une vitesse alarmante un passage à travers l'urètre".

L'avancée du candiru fut alors stoppée par le sphincter séparant l'urètre pénien de l'urètre bulbaire (ntlm : au niveau de la prostate). Devant le passage bloqué, le poisson s'est retourné et a mordu la paroi de l'urètre jusqu'au corps spongieux, ouvrant ainsi une voie vers le scrotum. Cette observation fut mise en évidence lorsque le nettoyage à l'eau distillée, antérieurement à l'endoscopie, de l'urètre avait immédiatement provoqué un œdème dans le scrotum.

bien que le patient se souvenait d'un petit poisson, le candiru s'avéra, après extraction, mesurer 13,4 cm de long, avec une tête large de 11,5 mm.Du sang coagulé fut extrait de l'urètre, révélant une blessure ouverte de 1 cm de diamètre dans la partie bulbaire de l'urètre. bien que le patient souffrit d'un traumatisme physique faisant immédiatement suite à l'attaque et à l'intervention, aucun effet à long terme n'a été observé après l'incident.
-- Stephen Spotte (trad. S. Desbrosses)
Le candiru retiré par endoscopie. Img : A. Samad
Plusieurs hypothèses tentant d'expliquer cette étrange attaque ont été émises. Le candiru aurait confondu le flux d'urine avec les produits de transpiration, contenant de l'urée, rejetés par les branchies de ses proies habituelles. Néanmoins, cette hypothèse est remise en cause du fait que le candiru ne semble que peu apte à détecter la composition chimique de son environnement[3]. Il semble ainsi plus vraisemblable que le poisson chasse à l'aide d'indices visuels ou en repérant les flux caractéristiques de l'expulsion d'eau par les branchies. L'orifice, ouvert lorsque l'on urine, constituerait alors une cavité générant un micro-courant, dans laquelle un petit candiru parvient à se loger.

Le candiru n'est toutefois pas un saumon et ne remonte pas le courant lorsque l'on urine depuis une berge, par exemple. Les cas rapportés concernent seulement des personnes qui urinaient alors qu'elles étaient dans l'eau. Jeremy Wade, biologiste britannique ayant enquêté sur cet incident pour les River monsters (Animal Planet) rappelle qu'il s'agit là d'accidents, les candiru se trompant de proie.
Les candirus ciblent généralement de plus gros poissons, afin de boire le sang de leur branchies, mais il font parfois des erreurs. C'est d'une telle erreur que résulte la légende selon laquelle un homme en train d'uriner aurait vu un candiru nager vers son pénis [Pour le parasiter][4].
Dans un cas spécifique comme celui-ci, il apparait donc que le candiru fasse une erreur d'interprétation, qui par ailleurs, lui est certainement fatale : le canal de l'urètre est trop petit pour que le poisson puisse se retourner, il est donc vraisemblable qu'un candiru ayant par mégarde adopté ce mode de parasitage, en meure dès la première tentative.

Le candiru, cousin du piranha?

Parasitage par Candiru. Img : I. Sazima.
L'aspect le plus effrayant des candiru n'est donc pas le parasitage humain : de récentes recherches fondées sur l'observation de candirus dans les profondeurs de l'Amazone, à la faveur de la nuit, révèlent par contre un comportement de groupe nécrophage et particulièrement violent.

Chasseurs principalement nocturnes, les candirus en groupe sont capables de dépecer une proie bien plus grosse qu'eux, avec une rapidité et une férocité qui égale au moins celle des bien connus piranhas. Bien que les observations fassent état de comportements charognards, les scientifiques suggèrent que les bancs de candirus sont capables de s'attaquer à des proies vivantes de très grosse taille, ce qui est cohérent avec les récits folkloriques et les craintes de la population locale face à ce prédateur en puissance. Des candirus ont été retrouvés à l'intérieur même de gros mammifères dont on ne sait s'ils étaient morts avant l'attaque.

On est encore bien en peine de déterminer quelles espèces de candirus sont capables de telles attaques, mais il est vraisemblable que les vandellia cirrhosis n'en fassent pas partie, ou à échelle réduite. On sait par contre que les plus agressifs d'entre eux sont les candirus Asu. L'une des hypothèses à vérifier concerne le développement de ces poissons : la forme parasitaire est-elle une forme juvénile, tandis que les adultes présenteraient un comportement davantage carnassiers, ainsi que le suggèrent leurs étonnantes capacités d'attaque groupée?

Quoi qu'il en soit, Candiru Asu est, avec raison, redouté : la férocité et la frénésie avec lesquelles ces prédateurs déchiquètent leur proie en groupe[5], en s'introduisant dans leurs orifices (dans la bouche, dans l'abdomen...) font de ce poisson un prédateur potentiel pour un gros mammifère blessé ou immobile, homme compris. Le candiru asu utilise sa bouche circulaire pour faire un trou dans la chair de sa victime, puis s'y introduit, laissant derrière lui une blessure ouverte dont la forme rappelle celle d'une blessure par balle. Il mange alors littéralement sa victime de l'intérieur. Des cadavres humains ont ainsi été retrouvés, hébergeant près d'une centaine de candirus. Médecins légistes et scientifiques avaient alors déterminés que la victime était peut être encore en vie, et simplement dans l'incapacité de se défendre, lorsque l'attaque s'est produite.



Références bibliographiques :
[1] Samad, A. (1997). "Caso cliniquos Candiru dentro da uretra". Instituto de urologia. Manaus.
[2] Cuvier, G., Valenciennes A. 1846. Histoire naturelle des poissons. Tome dix-huitième. Suite du livre dix-huitième. Cyprinoïdes. Livre dix-neuvième. Des Ésoces ou Lucioïdes. Strasbourg edition.
[3] Wade, J. Discovery International, River Monsters, Episode 1, Killer Catfish
[4] Spotte, S., Petry, P. Zuanon, J. (2001). "Experiments on the feeding behavior of the hematophagous candiru.". Environmental Biology of Fishes 60: 459–464.
Vidéo Animal Planet : Top 10 bloodsuckers : the toothpick fish
[5] Vidéo BBC World Wide : Les terrifiants repas des Candirus Asu.
Spotte, S., (2002) Candiru: life and legend of the bloodsucking catfishes. Creative Art Book, Berkeley. 322 p.


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