Poly-extrêmophiles : les organismes les plus résistants



C'est grâce à la découverte d'organismes vivants dans des endroits où, quelques décennies auparavant, on n'aurait jamais cru la vie possible, que l'éventail des possibilités du vivant s'étend désormais à des conditions incroyablement hostiles.

Certaines bactéries et archées sont ainsi particulièrement résistantes aux radiations (radiorésistance), d'autres à l'acidité (acidophilie), certaines au froid extrême (psychrophilie) et d'autres encore à des pressions (piézophilie ou barophilie) ou des chaleurs infernales (thermophilie).

Encore plus fort, parmi ces organismes extrêmophiles, quelques-uns sont capables de résister au cumul de plusieurs de ces conditions : ces super-bactéries (ou archées) repoussent les limites de la vie dans les endroits les plus improbables, et constituent un argument en faveur de la possibilité de la vie sur des planètes qu'on croyait jusqu'alors totalement inhabitables.

On trouve parmi les eucaryotes quelques exemples de polyextrêmophiles, comme les tardigrades (capables de supporter le vide spatial et la dessiccation) ou le ver de Pompéi (thermophiles et résistants à des compositions toxiques, comme l'acide sulfurique). Néanmoins, la grande majorité des espèces polyextrêmophiles se rencontrent dans les règnes procaryotes, tels qu'archées et bactéries.

Deinococcus. Radiodurans. Img : M.J. Daly
C'est le cas de Deinococcus Radiodurans, la première bactérie poly-extrêmophile découverte. Cette bactérie ultra résistante peut se développer en milieu très acide, survit à des radiations élevées (c'est l'un des organismes les plus radiorésistants) d'ultraviolets ou de radiations ionisantes. Elle est également capable de résister à la famine ou la dessiccation (absence de nourriture et d'eau), aux températures extrêmes et même à certaines conditions particulièrement hostiles comme le vide ou la présence de péroxyde d'hydrogène (très oxydant).

Son arme contre l'agression, un système de réparation d'ADN très efficace logé au sein de sa structure cellulaire très particulière. Deinococcus Radiodurans est même capable après une mort clinique (fragmentation de son ADN, déshydratation totale, gel...) de revenir à la vie si les conditions du milieu le permettent (milieu riche en nutriment, retour à des conditions moins agressives). Ces caractéristiques exceptionnelles lui ont valu le surnom de Conan la bactérie ainsi que la place dans le Guiness Book des Records, de l'organisme le plus résistant de la planète.

Pourtant, la découverte récente de Kineococcus Radiotolerans lui impose un rival de taille : les Kineococcus possèdent des propriétés similaires à Deinococcus, à peine moins exceptionnelles, avec en prime la capacité de résister à des produits chimiquement très toxiques (herbicides, solvants, composés chlorés...).

Dans un autre ordre d'idée, la Bacille infernale (Bacillus infernus) peut survivre à des pressions gigantesques : on l'a retrouvé à près de 3200 mètres sous terre et au fond de la fosse des Marianne (11000 mètres sous la mer). Elle possède également des propriétés alcalophiles (ph 7,8), thermophiles (60°C) et halophiles (fortes concentrations en sel).

Ces trois bactéries, particulièrement Deinococcus et Kineococcus, sont très étudiées pour leur pouvoir de décomposition en milieu radioactif, mais également dans des visées plus pratiques à court terme comme la production d'enzymes fonctionnant à basse température (par exemple, pour les lessives) ou la dépollution agricole.

Pour en savoir plus 
Organimses polyextrêmophile : Deinococcus Radiodurans "Conan la bactérie".


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