Le plus grand désert de sel, le Salar de Uyuni

Près de la Cordillère des Andes, s'étalant sur les plateaux des départements d'Oruro et de Potosi (sud-ouest de la Bolivie), une gigantesque étendue de sel culmine à 3656 mètres d'altitude. Un véritable désert blanc, composé de nitrates et chlorures de sodium, de potassium, de magnésium, d'iode, de lithium... A perte de vue, le Salar de Uyuni, ancien lac à l'apparence aride, s'étend sur 10 582 km², qui font de lui la plus grande réserve terrestre de sel de la planète.

Le grand désert blanc de sel - Salar de Uyuni (img 1)
Un lieu magique mais hostile

Le Salar de Uyuni est une partie du haut-plateau Altiplano, formé en même temps que les montagnes des Andes. Ce plateau contient de nombreux lacs, d'eau douce et d'eau salée, généralement entourés de montagnes qui en empêchent l'évacuation. Ces conditions permettent classiquement l'apparition d'étendues salines (endoréisme), du fait du caractère hydrologiquement fermé : l'eau ne peut s'évacuer que par évaporation, laissant derrière elle les minéraux tels que le sels.


Salars de Coipasa (bas-droite) et Uyuni  (img 2)
Il y'a quelques 30 000 à 42 000 ans, selon la datation carbone, le haut-plateau était recouvert d'un lac préhistorique gigantesque dont le premier nom fut Lake Minchin,  avant qu'il ne soit renommé en Lac Tauca. D'une profondeur allant jusqu'à 140 mètres, le lac s'assécha progressivement, donnant naissance à de nouvelles étendues d'eau plus petites, dont l'actuel lac Uru Uru, le  Poopó, et les deux lacs salés Salar de Coipasa et le grand Salar de Uyuni. Le processus de séparation s'est vraisemblablement terminé il y'a un peu plus de 10 000 ans, et depuis, chacun des lacs a continué son existence indépendamment... 

... Ou presque : durant la saison des pluies, le Poopó, voisin du célèbre et énorme lac Titicaca, se remplit lorsque le Titicaca déborde. A son tour, le Poopó évacue son trop plein d'eau en inondant le Salar de Coipasa, qui déborde à la suite dans le Salar de Uyuna. Lorsque ce dernier est inondé, le lac reflète la lumière intensément, et constitue le plus grand miroir de la planète.

La croûte de sel et la solution saline qu'elle couvre (img 3)
Le Salar de Uyuni n'est pas totalement sec, comme le laisserait suggérer sa surface en saison sèche : il est en fait recouvert d'une croûte de sel épaisse de quelques dizaines de centimètres à quelques mètres, selon les endroits. Au dessous se trouve une couche qui n'est pas à proprement parler un lac, mais davantage une solution saline saturée en chlorure de sodium, lithium et magnésium

Au centre du Salar, on peut apercevoir quelques îles dont la célèbre Île corrallienne d'Incahuasi, couverte de cactus, et à partir de laquelle l'horizon sur 360° ne montre que l'étendue de sel à perte de vue. On trouve toutefois sur ces îles, les vestiges d'une flore et d'une faune passées, sous l'aspect de fossiles d'algues et de structures coralliennes.

L'Île d'Incahuasi, formé de roches fossile et couverte de Cactus, au centre du Salar (img 4)

Le lac asséché semble un désert d'argile craquelée (img 5)
La température du site varie peu, de -10 à 20°C, et le climat est relativement aride, avec des précipitations n'excédant que rarement 3 mm d'eau et 5 jours de pluie maximum, par mois. La haute altitude et le climat en font un endroit particulièrement peu propice à une vie végétale et animale débordante d'activité. Néanmoins, de nombreux oiseaux y font un passage (flamants de James, colibris Estelle), de même que d'autres animaux peuplant ces contrées, tels que des renards de Magellan et leurs proies, les rongeurs viscache de Bolivie. La végétation est quant à elle largement dominée par les echinopsis (cactus géants) dont la taille atteignant parfois 12 mètres de haut laisse entrevoir la stabilité, voire la fixité, de l'environnement (ces cactus grandissent d'un centimètre par an).

La plus grande réserve de sel de la planète

La plus grande réserve terrestre de sel de la planète (img 6)

Le Salar contient majoritairement des sels de sodium, potassium, lithium et magnésium, sous leur forme chloride (NaCl, KCl, LiCl et MgCl2, respectivement), est des carbonates (borax). Néanmoins, le Salar de Uyuni a la particularité d'une grande proportion de lithium (de l'ordre de 0,3%), qui en fait la plus grande réserve connue de ce métal sur la planète, avec plusieurs millions de tonnes (les évaluations vont de 8 millions jusqu'à 140, ce qui représenterait plus d'un tiers des réserves mondiales), dans une masse totale de sel évaluée à 64 milliards de tonnes!

L'exploitation de sel est une manne industrielle (img 7)
Or le lithium est un élément devenu indispensable ces dernières années avec la multiplication des composants électriques tels que les batteries (ordinateurs et téléphones portables). Le Salar de Uyuni constitue donc une manne pour l'industrie Bolivienne. Le lithium est principalement extrait de la solution saline, par pompage de celle-ci. Il n'existe cependant toujours pas de station de pompage de grande envergure, le gouvernement Bolivien refusant l'exploitation par des sociétés étrangères, et préférant déployer ses propres installations, pour une extraction modeste, en premier lieu, de l'ordre de 1200 tonnes de lithium par an, qui devrait croître jusqu'à 30 000 tonnes par an en 2012.

Un hôtel construit en brique de sel! (img 8)
Le Salar est aussi un lieu de passage privilégié, du fait de sa position, pour traverser l'Altiplano. Plusieurs pistes au dessous desquelles la croûte de sel est épaisse et dure, traversent le lac asséché. Il est également devenu au fil des ans un lieu touristique insolite, tentant de faire découvrir au visiteur ses étranges paysages : île, désert de sel, installations d'extraction... Un hôtel de sel y a même été construit, les matériaux nécessaires étant bien évidemment pris sur place, sous la forme de briques de sels! Meubles, murs, couloirs... Tous faits de sel du Salar. De manière anecdotique, on peut aussi relever l'existence, à 3 km du Salar, mais connecté à lui par des rails, d'un cimetière de trains, constituant également l'une des attractions touristiques du site.

Le plus grand miroir naturel de la planète? (img 9)
Pendant l'été austral, surtout de novembre à janvier, le lac Titicaca et les pluies peuvent inonder le lac, lui conférant l'aspect d'un miroir où le ciel semble n'avoir pas de fin. Si la couche d'eau est généralement très fine, de l'ordre d'une dizaine de centimètres, la platitude extrême du lac le rend lisse jusqu'à l'horizon, lorsqu'il est inondé. Il permet alors aux satellites de se calibrer : du fait de son taux faible d'humidité (précipitations faibles) le ciel est peu nuageux. De plus, sa platitude en fait l'une des portions les plus stables de la planète, dans la mesure de distance terre-espace. Ces facteurs, ainsi que la réflectivité élevée (albédo de 0,69 pour les ultraviolet) et néanmoins également stable, font de ce site le meilleur endroit pour calibrer un satellite, 5 fois plus sûr que lors d'un calibrage sur une étendue d'eau classique (mer, océan, grand lac).

Ce magnifique paysage, s'il constitue le plus grand des déserts de sel avec ses 10 600 km², n'est pas le seul. En Amérique latine, existe également les Salinas Grandes d'Argentine (8900 km²), situées dans une zone particulièrement riche en salines (près de 30 000 km²), le Salar de Coipasa auparavant cité (3200 km²) ou le Salar d'Atacama au Chili, qui constitue également une importante réserve de lithium. De par le monde, existent également de telles étendues : le Pan d'Etosha attirant chaque année, lors de la saison des pluies, des milliers de flamands roses, en Namibie (6133 km²) ou le Chott el-Jérid de Tunisie (5000 km²).


L'exploitation du sel trouve de la matière brute sur place en cassant des briques de sel à même la croûte (img 10 et 11). Avec son fort albédo et sa surface lisse lorsque le lac est inondé, le Salar de Uyuni constitue l'un des plus grands miroirs naturels, et l'un des plus performant pour le calibrage des satellites! (img 12)

Crédit photos : Loic Marchat, (img 1, 6, 8), Maximage (img 9), Pierre Pisano (img 10), Pasaporteblog (img 5), Luca Galuzzi (img 7), NASA (img 2), Mitsuhirato (img 3), Ezequiel Cabrera (img 12), Steffen Sledz (img 11), Martin St-Aman (img 4)


La Caverne aux Cristaux Géants, Mine de Naica

La mine de Naica, située sur la commune de Saucillo, dans l'état mexicain de Chihuahua, pourrait être une mine tout à fait ordinaire. Elle fait vivre les gens alentours en leur permettant d'extraire du sol des métaux comme le zinc, l'argent, le plomb. De nombreux habitants alentours y travaillent, et se retrouvent parfois le soir pour échanger quelques trouvailles insolites.

Une mine de cristal dans le désert

La caverne aux Cristaux Géants (img : National Geographic)
Car la mine de Naica n'est en définitive pas une mine ordinaire, elle recèle de fabuleux cristaux de sélénite en quantités folles. Et en taille aussi.

Dès 1910, des mineurs ont dégagé de petites cavernes lors de leurs excavations, et furent surpris en y entrant, de se retrouver littéralement dans un autre monde. Des cristaux de gypse d'une pureté rare, sur le sol, sur les murs et les plafonds. Cette cave, nommée par la suite la Cave des épées (Cave of Swords - Cueva de las Espedas) contenait d'extraordinaires spécimens dont certains atteignant 1 mètre de long, d'une beauté exceptionnelle. A 120 mètres au dessous du sol, on avait tout simplement l'impression de ne plus être sur Terre. Pourtant, le phénomène était prévisible : les facteurs qui confèrent une haute teneur de la roche en argent et en plomb, favorisent également la  formation de cristaux.

Cristal de selenite (crédits)
Au fil du temps et de l'excavation, d'autres grottes recelant de magnifiques cristaux furent également découvertes : L'Oeil de la Reine, la Grotte aux Bougies... De magnifiques sites dont les ouvriers de la mine ramenaient de tout aussi somptueux cristaux. La mine se faisait donc connaître pour sa quantité phénoménale de cristaux, ainsi que leur qualité exceptionnelle. Mais une découverte, bien plus tard, allait lui conférer une renommé nouvelle, et incontestablement mondiale.

Le 4 décembre 1999, alors qu'ils creusaient le sol sous la caverne aux épées, à 300 mètres sous terre, deux frères mirent à jour une nouvelle cave, plus grande, contenant également des cristaux, comme les caves précédentes. Excepté que ceux-ci avaient atteint une taille encore jamais observée sur Terre. De fabuleux cristaux de gypse atteignant 1,2 m de diamètre et 11,4 m de longueur, avec un poids maximum estimé à 55 tonnes, pour le plus grand d'entre eux. Une découverte proprement hallucinante, qui fait de la mine de Naica, à l'heure actuelle, le site possédant les plus grands cristaux du monde (en moyenne, pour les gros, 40 à 50 tonnes!).


Comment la Terre donne-t-elle naissance à de tels géants?

Dans un article datant de 1932, le fameux géologue américain Charles Palache se demandait : "Jusqu'à quelle taille peuvent croître les cristaux, et pourquoi?". A l'époque, on n'avait guère accès qu'à des cristaux de taille modeste, dont on imaginait alors un seuil, au delà duquel les cristaux ne pourraient plus se former. La découverte de la mine de Naica a changé la donne : il apparaît que les cristaux peuvent se développer tant que les conditions de croissance sont réunies, et ce, même jusqu'à des tailles tout à fait imposantes, jamais relevées jusqu'alors.

Très tôt, face à l'abondance des cristaux dont certaines caves étaient totalement remplies, devant leur aspect particulièrement pur, et surtout en raison de leurs dimensions phénoménales, géologues et autres scientifiques se sont demandés comment les grottes de la mine de Naica pouvaient receler de tels trésors. Quels mécanismes ont assisté leur formation?

Les cristaux géants de Naica (img 1)
Naica est située sur une ancienne faille géologique, et une chambre de magma souterraine profonde chauffe la grotte, jadis bombant le sol en tentant de s'échapper vers celui-ci, provoquant des fissures dans la roche, dans lesquelles l'eau sous haute pression, chargée d'éléments chimiques propices à la croissance minérale, s'infiltre. Après avoir érodé les roches calcaires, et créé de véritables trous dans la roche, l'eau chaude de plus de 50°C a remplit ces caves, constituant une bain chaud parfait pour l'agglomération des éléments chimiques et la constitution rapide de minéraux cristallins.

Lorsque la mine fut creusée, elle nécessitait de pomper et d'évacuer l'eau pour permettre le traitement des roches (plus de 60 000 litres par heures), ainsi, les caves se sont retrouvées vidées, laissant apparaître les cristaux magnifiques qui en ont fait le succès. Quand l'exploitation minière aura pris fin, toutefois, les grottes se rempliront à nouveaux d'eau et les cristaux reprendront leur formation. Les caves ne seront plus accessibles, mais la communauté scientifique actuelle entend bien amasser le maximum de données avant la date fatidique à laquelle on laissera la Terre, reprendre son activité normale.

Formation de cristaux en splendides bouquets (Naica)
Selon Stein-Erik Lauritzen [1], professeur de géologie à l'université de Bergen (Norvège), le processus de formation des cristaux géants remonte, d'après la datation à l'uranium-thorium, à près de 600 000 ans, il s'est interrompu lorsque l'homme a vidé les caves de leur eau. Les cristaux de la Caverne aux Cristaux Géants ont ainsi arrêté leur croissance en 1985. L'homme et les nouvelles conditions constituent non seulement une rupture dans la croissance du cristal, mais également une menace. Dans l'eau, les cristaux étaient relativement protégés des agents chimiques extérieurs (tels que le dioxyde de carbone), l'eau constituait également un soutien, quand les cristaux risquent désormais de succomber à leur propre poids.

Voyage au coeur de la grotte aux cristaux géants

De véritables tapisseries de cristaux
Il faut 20 minutes pour pour passer de l'entrée de la mine à la fameuse grotte. Si la température et l'humidité sont normales à l'extérieur - pour un endroit désertique - il n'en va pas de même à l'intérieur de la mine. L'air est saturé en eau et il y règne une chaleur étouffante, certaines grottes restant encore à 58°C, pour 90% d'humidité. Le magma souterrain chauffant la grotte n'est qu'à 1,6 km de la surface.

La visite de la grotte nécessite par conséquent un équipement spécial contenant de la glace pour réfrigérer le corps et l'air inspiré, sans lequel un homme ne pourrait supporter plus de quelques dizaines de minutes, l'atmosphère. De fait, même en étant protégé par l'équipement, les entrées dans la grotte se limitent généralement à 20 ou 30 minutes.

L'entrée dans la cave en révèle toute la splendeur : d'énormes cristaux balaient ou traversent la grotte. Les murs, le plafond, le sol, sont également recouverts de fragiles boursouflures cristallines qui commandent la prudence : l'homme détériore aisément les cristaux, en marchant dessus, ou ne serait-ce qu'en les frottant.

Le spécialiste des cristaux Juan Manuel García-Ruiz faisait partie de l'une des premières équipes scientifiques (2001) chargée d'étudier le grotte. C'est en examinant les bulles de liquide enfermées dans certains cristaux que lui et son équipe formulèrent l'hypothèse de la formation de ces cristaux[2]. Pendant des milliers d'années, l'eau saturé en sulfate de calcium à plus de 50° inondait les cavernes. Sous cette température stable, favorisant la formation, les minéraux se sont combinés en sélénite, constituant les briques élémentaires s'agglutinant pour créer le cristal.

Photo, Paolo Petrigniani
La Grotte aux Cristaux Géants a bénéficié d'une relative stabilité de la température pendant des millénaires, d'où les proportions gigantesques des cristaux. Dans d'autres caves, les fluctuations, avec refroidissement notable, a perturbé et ralenti la formation des cristaux - et c'est pourquoi les grottes situées au dessus de la Grotte aux Cristaux Géants, en contiennent de plus modestes (mais tout de même impressionnants!).

Microbes et pollen enfermés dans les bulles de liquides, comme de véritables capsules temporelles, ont également révélé que le désert entourant la mine de Naica, était autrefois une terre fertile couverte de forêts, il y'a 30 000 ans.

En 2006, le Naica Project fut initié pour préserver, explorer et se documenter sur ces fabuleux sites. En 2008, une équipe d'explorateurs trouva un petit passage indiquant qu'il pourrait y avoir encore d'autres caves interconnectées. C'est alors en 2009, lorsque la compagnie de la mine fora un trou de 600 mètres de profondeur (surnommé Robin Hole), que l'on décela de nouveaux cristaux géants à 150 mètres au dessous de la surface. National Geographic intervint et commanda alors deux expéditions, l'une pour explorer de fond en comble la Cave aux Cristaux Géants et tenter de trouver des entrées vers d'autres chambres, l'autre, passant par Robin Hole, devait regarder si d'autres caves avaient été mises à jour par le forage.

Les équipes comprenant notamment des astrobiologistes et des spécialistes en virologie, devaient également effectuer des prélèvements de cristaux contenant les fameuses bulles de liquide emprisonnées. Ces bulles pourraient révéler l'existence d'organismes extrêmophiles, comme des bactéries, ou de leur traces, qui permettraient de se documenter sur les formes de vie dans des conditions difficiles.

Pour les astrobiologistes comme le Dr Penelope Boston, de tels organismes pourraient indiquer où et comment chercher les formes de vie lorsque l'on essaie de les trouver hors de la Terre. Pour les virologues comme le Dr Curtis Suttle, le but des prélèvements consisterait plutôt à chercher d'anciennes formes de virus prisonnières des bulles depuis un demi-million d'années.

L'équipe descendant dans le conduit de ventilation (Robin Hole), n'a trouvé que des cristaux de petite taille, mais l'un des tunnels repéré n'a pu être exploré. L'équipe explorant la Cave aux Cristaux Géants, par contre, a ramené images et vidéos époustouflantes, qui ont permis à National Geographic de créer un documentaire magnifique, présentant cet endroit hors norme.

Il s'agissait peut être des dernières explorations possibles avant la fermeture de la mine et l'inondation des caves. Les cristaux reprendront leur formation et qui sait, peut être que dans le futur, les nouvelles générations re-découvriront un jour une somptueuse grotte au dessous du sol mexicain, contenant d'époustouflants cristaux d'une taille jamais relevée jusqu'alors...

Une série de clichés pris depuis l'intérieur de la grotte, qui montrent la taille impressionnante des cristaux par rapport à l'équipe d'explorateurs.


[1] Shea N. (2008). "Cavern of Crystals Giant". National Geographics
[2] García-Ruiz J.M., Villasuso R., Ayora., Canals Angels., Otálora F. (2007) "Formation of natural gypsum megacrystals in Naica", Mexico. Geology, April, 2007, v. 35, p. 327-330, doi:10.1130/G23393A.1
Crédits photos : de nombreuses photos reportées pour National Géographic par les équipes successives d'explorations. Photo 1 : Javier Trueba/Madrid Scientific Films. 


6 animaux à deux doigts de conquérir le monde, sauf que...

L'une des choses les plus fascinantes à propos de l'évolution est son extraordinaire capacité à trouver des moyens fabuleux de rendre des créatures monstrueuses d'efficacité. Certaines sont capables de tailler en pièce n'importe quelle autre espèce, d'autres se reproduisent si vite qu'il est impossible de toutes les manger, d'autres sont expertes en camouflage, certaines résistent au vide, bref, de nombreuses développent des capacités incroyablement ingénieuses pour survivre.

Rule the Earth!
Mais le plus étonnant, le plus merveilleux, c'est que certaines trouvent quand même le moyen de prospérer malgré des défauts de conception flagrants et risibles, qui auraient dû les faire s'éteindre depuis longtemps, et en disent long sur le fait que la nature a beaucoup d'humour et d'ironie... Voici donc la présentation de 6 animaux qui auraient pu conquérir le monde (du moins leur écosystème) si la nature ne les avait pas affublé d'une ridicule défaillance fichant toutes leurs splendides capacités en l'air!



Comme toujours, c'est le sexe qui vous perdra!

1er effet KissKool : ce que la nature leur a donné...

La mortelle pieuvre à anneaux bleus
Les pieuvres sont des spécialistes du camouflage et certaines espèces disposent des poisons naturels parmi les plus puissants (comme la pieuvre à anneaux bleus). Elles possèdent trois coeurs et développent une intelligence extraordinaire : capables de manier des outils, elles peuvent également résoudre des problèmes cognitifs complexes. Elles font partie des plus ingénieux animaux marins[1], des plus agiles et sont en outre dotées de capacités d'imitation hors du commun, et d'armes terrifiantes (ventouses et tentacules autonomes, bec déchiqueteur...). Ce sont véritablement les reines des fonds océaniques...

2ème effet KissKool : ... et comment elle se paie leur tête

Deux condamnés à morts
On les croirait capables, étant donné l'excellence de leurs capacités, de créer une civilisation sous-marine... Mais la nature les a affublé d'une tare relativement insurmontable en terme de transmission aux générations suivantes : les pieuvres ne peuvent pas faire l'amour sans mourir[2]. Ce qui constitue un gros problème, effectivement.

Après le premier accouplement, les jeunes mâles synthétisent une toxine endocrine qui va les tuer quelques semaines plus tard. Quant aux femelles, une fois les petits mis aux monde, elles arrêtent de se nourrir pour les protéger, jusqu'à ce qu'elles en meurent. Tout se passe comme si, craignant que les pieuvres ne réduisent à l'esclavage toutes les autres espèces, la nature les avait génétiquement programmées pour mourir après s'être reproduites. Pas de chance...


Le roi des océans est cul-de-jatte

1er effet KissKool : ce que la nature leur a donné...

La galère portugaise (Portuguese Man-of-War) est un dangereux prédateur, vorace et organisé, parcourant les mers du globe. Physalia Physalis se présente sous l'aspect d'une méduse possédant de longs filaments urticants de 10 mètres, emplis de venin toxique, qui leur servent à attraper, paralyser et/ou tuer leurs proies. Cette arme est si redoutable qu'elle est encore dangereuse plusieurs semaines après leur mort.

Mais le plus impressionnant des talents de Physalia physalis et sa capacité à se regrouper en une véritable légion de combat organisée. Des centaines d'entre elles s'attachent ensemble pour former un superorganisme étendant ses tentacules à travers l'océan comme un filet de pêche emprisonnant tout sur son passage. Certaines deviennent le filet, d'autres se spécialisent dans le transport des proies... chacune a sa tâche à accomplir pour la légion. Toute proie capturée finit inexorablement, morte ou vivante, dans l'estomac des légionnaires Physalia spécialisés dans la digestion. Ces longues colonies peuvent atteindre plus de 40 mètres, et sont connues sous le nom de siphonophores.

Praya Dubia, le siphonophore "filet de pêche"
2ème effet KissKool : ... et comment elle se paie leur tête

La terreur des océans possède toutefois un point faible, et de taille... Elle ne sait pas nager! Pas de palmes, pas de souffle, pas de nageoires, rien... Elle n'a aucun moyen de se propulser dans l'eau... ce qui pose un petit problème, puisque c'est quand même là qu'elle vit. Le seul moyen dont elle dispose pour bouger consiste à gonfler sa crête-bulle pour rejoindre la surface et se faire déporter par le vent. Mais c'est vers la surface que se trouvent ses ennemis, et tout ce qu'elle peut faire lorsqu'elle en rencontre un, est de se dégonfler, retourner en profondeur, et espérer que cela suffira... Au final, ces étranges créatures finissent soit dans la gueule de petits chasseurs comme les tortues, soit échouées sur le rivage parce que le vent les aura porté dans la mauvaise direction...


Le plus dur, c'est toujours la chute

1er effet KissKool : ce que la nature leur a donné...

180 degrés sans effort!
Le Tarsier des Philippines est un petit primate aux gros yeux aussi mignon qu'une peluche. En apparence! Mesurant quelques dizaines de centimètres, il est, comme tous les primates, carnivore, et pas qu'un peu. Il chasse oiseaux, serpents, insectes... et a la particularité de dévorer des proies vivantes uniquement. Le Tarsier refuse en effet de toucher tout ce qui n'a pas un coeur qui bat[3]. Et il dispose de sérieux atouts pour chasser : de gros yeux pour bien voir la nuit, une tête qui se retourne à 180°, une ouïe formidable, des grandes pattes arrières griffues qui lui permettent de sauter de branches en branches jusqu'à 40 fois sa longueur, et même d’attraper les oiseaux en plein vol[4]! C'est aussi un fichu vorace : une fois sa proie attrapée, il la grignote encore vivante : peau, organes, même les becs et les os, tout est découpé et broyé par ses tranchantes petites quenottes.

2ème effet KissKool : ... et comment elle se paie leur tête

Surtout, ne pas tomber...
Le tarsier ne vit que dans les arbres. Il s'y déplace, mange, dort, se reproduit... D'arbre en arbre toujours et d'arbre en arbre seulement, car les pattes du tarsier ne lui permettent tout simplement pas de marcher sur la terre ferme. Il ne peut vivre qu'accroché à une branche, au point que s'il tombe sur le sol, il ne peut alors que fixer, hébété, les branches sans espoir d'y retourner par lui même, et n'a plus qu'à attendre la mort... Pour cette raison, les tarsiers sont particulièrement faciles à chasser... ou plutôt, à cueillir : il suffit de secouer un peu les arbres[5] et d'en ramasser par terre, qui regardent apeurés les alentours sans possibilité de fuite.


Qui est vraiment l'esclave?

1er effet KissKool : ce que la nature leur a donné...

Master Myrmoxenus ravouxi
Les fourmis esclavagistes comme Myrmoxenus ravouxi sont de formidables guerrières capables de ravager une colonie rivale avec une poignée de soldats seulement. En fait, elles sont si impressionnantes qu'elles ont coutume d'attaquer et d'asservir la colonie la plus puissante et dangereuse des alentours[6], dans un raid fulgurant et dévastateur, au cours duquel elle tuent tous les adultes et volent larves et jeunes fourmis rivales, dont elles font des esclaves dans le but de les forcer à assurer les tâches centrales de leur propre colonie.

Ces redoutables fourmis esclavagistes, sont en quelque sorte les Guerriers Spartiates du monde des insectes, spécialisées dans le raid guerrier et l'annihilation totale. La reine reproductrice elle-même n'a rien à envier à ses soldats. Feignant d'être morte, elle laisse entrer une reine rivale dans sa fourmilière, qu'elle tue et dont elle s'imprègne de l'odeur[7], afin de duper les ouvrières de celles-ci, pour être nourrie et choyée aux frais de l'ex-princesse.

2ème effet KissKool : ... et comment elle se paie leur tête

Maître-esclave et inversement
Ces maîtres-guerriers ont un tendon d'Achille désespérant. Parfaitement adaptées aux invasions, elles se montrent par contre tout à fait incapables d'assurer toute autre activité classique d'une colonie de fourmi, et dépendent totalement de leurs esclaves, pour ramener la nourriture, défendre la colonie, se reproduire et prendre soin des jeunes.  Une fourmi esclavagiste sans esclave ne serait même pas capable de manger de la nourriture posée devant elle. Même les déménagements ne peuvent s'effectuer sans l'aide des sous-fifres, seules capables de rejoindre la nouvelle colonie et transporter leurs maîtres désorientés.


Encore une idée brillante de Mère Nature...

1er effet KissKool : ce que la nature leur a donné...

Un robot de combat en armure
De toutes les espèces d'invertébrés, le scorpion se place certainement sur l'une des plus hautes marches, au podium des merveilles de bio-technologie. Généralement pourvu d'énormes et puissantes pinces capables de déchiqueter ses proies, d'une solide armure (exosquelette) et de son célèbre dard, le scorpion est une véritable machine de guerre qui relève davantage du mécha japonais armé jusqu'aux dents, que d'un insecte (ce qu'il n'est d'ailleurs pas). 25 espèces sur 1500 peuvent être mortelles pour l'homme, quoique de nombreuses autres, même non-mortelles, laissent une très, très désagréable sensation à la moindre piqûre. Le scorpion est un chasseur silencieux, opportuniste et nocturne. Se fiant aux vibrations transmises au sol, il est prêt à fendre la nuit en déployant ses pinces et à transpercer de son aiguillon venimeux, tout ce qui ressemble à un casse-croûte et passe à sa portée. On le croirait le parfait assassin de la nuit.

2ème effet KissKool : ... et comment elle se paie leur tête

Comme le nez au milieu du visage
Sauf que... Si le scorpion n'a pas besoin de voir sa proie pour fondre dessus, elle, peut généralement le voir de loin! Le scorpion a en effet l'incroyable et malencontreuse capacité à refléter le moindre rayon de lumière ultraviolette, car il sécrète des molécules puissamment fluorescentes sur son armure[8]. Autrement dit, sous une nuit étoilée, et encore plus sous la lune, le scorpion s'allume comme le néon d'un casino de Las Vegas! Il faut reconnaître qu'en matière de technique de traque, il y'a mieux pour surprendre ses proies... Les scientifiques pensent que cette capacité lui permet de mieux détecter si les nuits sont trop éclairées pour sortir chasser sans prendre le risque d'être chassé à son tour par un prédateur. Néanmoins, Mère Nature aurait sûrement pu lui donner une simple meilleure vue plutôt qu'un super costume flamboyant.



Une vie de plaisir

1er effet KissKool : ce que la nature leur a donné...

L'éphémère, taillé pour la reproduction
Les éphémères (ephemeroptera) ne font que quelques dizaines de millimètres, et sont parmi les plus grands champions de l'orgie en groupe, au point que leurs escapades annuelles de reproduction sont visibles depuis l'espace par les satellites et radars d'observation climatologique[9]. Ils se reproduisent ainsi par millions et provoquent des perturbations du trafic ou des activités locales, et seraient vite en surnombre si la nature ne leur avait pas joué un vilain tour...


2ème effet KissKool : ... et comment elle se paie leur tête

Ce à quoi ressembleraient les rues si...
Les éphémères (adultes), en effet et comme leur nom le laissent supposer, n'ont qu'une vie très courte, et pour cause : lors de leur passage à l'âge adulte, ils perdent la capacité à manger, car la transformation leur enlève leur organe buccal. Les éphémères n'ont plus de bouche fonctionnelle et commencent alors à dépérir dès la sortie de l'adolescence, après laquelle il ne leur reste plus que quelques jours à vivre. Les éphémères passent donc la totalité de l'âge adulte à la reproduction, avant de mourir de faim... 



[1] Discover Mag (2003).  Through the eye of an Octopus.
[2] Mitteldhorf J., Evolutionnary Origins of Aging, in Fahy G., West M., Coles S. (2010). The future of Aging : Patways to human life extension. Springer p107.
[3] Tarsiers, Tarsiidae. SgzDocent
[4] Tarsier, A-Z-Animals encyclopedia
[5] Asean center for Biodiversity conservation. Arcbc.org. Tarsius Syrichta. Focus.
[6] Davis E. (2010) "Slave-makers Ants target the strong not the weak". BBC.
[7] The slavemaker Queen. Cleverhumans.com
[8] Scorpion glows - WonderQuest
[9] Clonts C. (2010). Diminutives mayflies make big Splash on radars. Twincities.com
Monte, R., Dee, K., (2011). 7 Animals That Are One Flaw Away From Taking Over the World, Cracked.com 


L'Oeil du Sahara, la Structure de Richat

La Structure de Richat (Guelb er Richat), également connue sous le nom d'Oeil du Sahara, Oeil de l'Afrique ou encore Oeil du désert, est une structure en dôme légèrement elliptique de plus de 40 km de grand diamètre, se démarquant du sol Saharien de Mauritanie (Ouest du Sahara), près de Ouadane.

La Structure de Richat, l'Oeil du Sahara (img NASA)
Des reliefs circulaires rocheux constituées de quartz soudés (Quartziste) donne à l'ensemble de la structure, vue de l'espace, l'aspect d'un oeil regardant le ciel. Son centre est une immense brèche rocheuse (conglomérat de roches anguleuses sédimentées) de plus de 3 km de diamètre.

Le dôme de Richat constitue avant 2003, une énigme géologique de 40 à 50 km de diamètre, dont toute la splendeur et l'empreinte, se révèlent pleinement depuis l'espace. Découverte et visitée depuis longtemps, elle n'est décrite officiellement qu'à partir de 1963, puis largement observée et commentée par les premières missions spatiales, notamment, l'une des missions du Programme Gemini américain (1965).

La structure de Richat présente l'aspect d'un dôme dont la base est enfoncée dans la terre ; ainsi, le plus haut point du dôme se retrouve en fait en dessous du niveau des plateaux rocheux situés au delà de son rayon. Cette structure s'organise également en plateaux circulaires, présentant des dénivelés allant jusqu'à 40 mètres. Le premier anneau démarquant les plateaux, constitué de quartzite, est épais d'environ 20 mètres, et entoure la brèche à 3 km du centre. L'anneau extérieur, située entre 7 et 8 km du centre de la structure, atteint quant à lui une épaisseur de 50 mètres. La datation carbone des roches situe la formation de cette structure à environ 99 millions d'années, plus ou moins 5. La datation à l'argon établit ce phénomène à 98,2 millions d'années, plus ou moins, 2,6 millions d'années.

La structure de Richat est située aux coordonnées 21°7'30" Nord 11°24'13" Ouest, dans le désert de Maur Adrar, au milieu du massif de l’Adrar et de l’erg de la Maqteir, à environ 600 kilomètres de la côte ouest d'Afrique.

Les origines de la Structure de Richat

L'Oeil de l'Afrique vue de l'espace
Cet étonnant mystère de la nature n'a eu de cesse depuis sa découverte, d'intriguer les géologues. 

Les années ont vu diverses hypothèses tenter d'expliquer le phénomène, des plus fantaisistes, comme la légende locale, aux plus spectaculaires et imaginatives, ou à de plus sérieuses interprétations. La légende locale voudrait que la foudre soit irrémédiablement attirée par le centre de l'Oeil, qu'elle en finisse par briser la roche. Une explication plus partagée dans les premières années de sa découverte officielle, suggérait, du fait de l'aspect circulaire, que l'impact d'une météorite soit l'origine de cette fantastique dépression. L'absence de traces météoritiques en grande quantité sur le site, invalide néanmoins cette hypothèse, d'autant qu'aucune roche fondue ne puisse être décelée en quantité vers l'intérieur de l'Oeil. Celui-ci ne présente guère que des roches brisées, semblant presque éclatées.

L'explication de sa formation serait à chercher, davantage dans une origine de nature géologique. La formation de la structure de Richat remonte vraisemblablement à plusieurs dizaines de millions d'années, lorsqu'un volcan géant du Crétacé créa un dôme magmatique bombant la roche, propulsant dans celle-ci des rivières hydrothermales à des pressions incroyablement élevées. La roche calcaire surplombant le magma se serait donc érodée suite à l'action des remontées géothermales, tandis que les roches de quartz se seraient tout au plus brisées sans subir aussi vite l'érosion. De gigantesques cavités se seraient donc formées dans la roche. Des mécanismes similaires donne naissance aux dolines, tel que le Grand Trou Bleu de Bélize.

Et de la même façon que le plafond de cavités peut s'effondrer, l'incroyable masse de roches supérieures du dôme se serait affaissée, créant un "dôme dans un trou". L'érosion s'est ensuite poursuivie, et se poursuit toujours, en désagrégeant les roches calcaires, laissant les quartzites émerger en anneaux. Ces anneaux composés de quartz résistent effectivement à l'érosion, et donnent aujourd'hui l'aspect particulier de l'Oeil de l'Afrique.



L'oeil du Sahara (nettement visible au milieu)


La Grande Guerre des Émeus

En 1932, une guerre opposa l'armée Australienne à une colonie estimée à 20 000 volatiles suspectés d'effrayer et d'attaquer la population civile, de ravager les récoltes, bref, d'embêter les honnêtes gens. Devant cette invasion barbare, le gouvernement australien mandata la Royal Australian Artillery pour résoudre le conflit manu militari... à coup de mitrailleuse. Et cette armée battit en retraite, un mois seulement après l'entrée en guerre...

Le contexte

Voici l'histoire de l'une des guerres qui en disent long sur l'homme : tout commença avec une météorologie déstabilisante en cet hiver austral 1932. 

Mais revenons un peu en arrière pour re-situer le contexte. Après la première guerre mondiale, nombre de vétérans britanniques et de combattants australiens s'étaient retirés sur les propriétés terriennes de l'Ouest de l'Australie, espérant finir leur vie comme paisibles fermiers, loin des sociétés occidentales belliqueuses, mais également loin de se douter des dangers guettant dans les déserts arides alentours.

Quand se firent ressentir, après 1929, les retentissements du Krach boursier mondial, le gouvernement australien incita la population à étendre ses cultures de blés pour faire face à la crise, leur promettant des subsides pour supporter les investissements nécessaires. Les subsides ne vinrent, hélas, jamais (ils viendront ironiquement un peu tard, en 1953 - voir la fin de cet article!), mais les fermiers agrandirent leurs terres et installèrent notamment de grandes réserves d'eau qui leur permettraient de passer l'été austral en préservant leurs cultures.

l'envahisseur émeu - effrayant, vilain et barbare.
Non loin des fermiers, un groupe d'autochtones avait pour habitude, chaque année et une fois leur période de reproduction achevée, de migrer de la côte Pacifique vers les sols plus heureux, leur Eden local : les terres intérieures. Or, passant inévitablement par les vastes champs qui s'étendaient désormais sur de grandes portions des districts de Campion, ces autochtones convinrent que l'endroit était parfaitement propice à une vie enchanteresse : du blé à perte de vue, de grandes et nouvelles réserves d'eau, des champs et des champs de nourriture gratuite, offrant couverts et gîtes parfait pour passer la saison suivante. c'est ainsi qu'une population estimée à 20 000 émeus entra en force sur les terres arables du district, effrayant les villageois, mâchouillant goulûment les épis, creusant la terre de leurs puissantes pattes, et se lovant confortablement dans les champs, quitte à laisser au passage de grands couloirs de blé couché et des récoltes saccagées.

l'émeu (img : Seventy)
Les émeus (Dromaius novaehollandiae) sont une espèce endémique d'Australie, que l'on présente souvent, à l'instar du kangourou, comme un emblème de ce pays. Après l'autruche, c'est le deuxième plus grand oiseau du monde, pouvant atteindre 2 mètres, courant jusqu'à 55 kilomètres/heures, sur ces grandes et puissantes pattes. C'est un oiseau terrestre, puisque ces ailes rudimentaires ne lui permettent pas de voler.

Alerté par d'anciens soldats de cette invasion émeue, le gouvernement Australien, et précisément, le Ministère de la Défense incarné par le vétéran de la première guerre mondiale, Sir Georges Pearce, décida immédiatement de prendre les armes. Les soldats avaient constaté l'efficacité des mitrailleuses lors de la précédente guerre, face à leurs adversaires humains, et en recommandèrent l'utilisation... contre les émeus! Si Pearce acquiesca, c'était à condition que l'utilisation des mitrailleuses soit réservée à des militaires en activité. Les fermiers s'occuperaient alors de la logistique : nourriture et gîtes pour les soldats, paiement pour les munitions utilisées. Le branle-bas-de-combat fut lancé en Octobre 1932, sous le commandement du Major G.P.W. Meredith (7ème corps de batterie lourde de la Royal Australian Artillery), officiant au sein d'une Task-force spécialement conçue pour l'occasion, et disposant notamment de 2 Lewis Mark I et plus de 10 000 munitions. 

Une Lewis Mark (Lewis Gun) anti-émeu(te)
La guerre fut hélas retardée en raison de pluies abondantes : les émeus s'étaient dispersés et ne semblaient pas désireux d'affronter la Task-force par jour de pluie. Néanmoins, le 2 novembre 1932, la pluie cessa enfin...

Premier sang

Ordre avait été donné aux soldats de l'armée Australienne de ramener le premier jour, 100 peaux d'émeus, afin d'infliger de lourdes pertes d'emblée aux combattants adverses (et accessoirement de fabriquer des chapeaux en peau d'émeus pour les cavaliers locaux)[1]. C'est avec bonne humeur que les soldats partaient à la bataille, allant jusqu'à déclarer par amusement, et avec une dose d'humour qui n'allait pas durer, une guerre contre l'envahisseur émeu.

Le 2 novembre, la Task-force aperçoit un groupe d'une cinquantaine d'émeus, mais se rend vite compte après un premier tir, que le groupe adverse se trouve au-delà de la distance de tir. Les acolytes fermiers décident donc de tendre une embuscade aux opposants, afin d'aider les militaires en rabattant les émeus vers eux. Les émeus adoptent cependant une stratégie audacieuse de dispersion, se séparant dès les premiers tirs en petits groupes courant dans tous les sens, et donc très difficiles à viser. Si la première escarmouche ne fit aucun blessé (les oiseaux étant trop loin), l’embuscade permit néanmoins de tuer quelques oiseaux. Une troisième escamourche en fin d'après-midi permit à la Task-force de cerner et tuer, "peut être une douzaine d'oiseaux".

Le 3 novembre ne vit aucun affrontement notable, mais le 4, un important groupe de représailles de 1000 émeus environ est pris dans une embuscade par le Major Meredith, près d'un barrage. Cette fois-ci, les artilleurs attendent que le groupe soit à portée de tir avant d'ouvrir le feu. L'armée adverse est alors à la merci d'une mitrailleuse, qui malheureusement, s'enraye après que 12 oiseaux fussent tués. Le groupe d'émeus réagit rapidement et parvient à s'enfuir entre les lignes ennemis, gagnant immédiatement les lieux hors de portée. Il n'y aura pas d'autres affrontements ce jour-là.

Dans les jours qui suivent, le Major Meredith décontenancé décide de porter ses attaques vers le sud, où l'on a rapporté la présence d'émeus de "nature plus apprivoisée". Mais le Major n'obtient qu'un succès relativement limité, et décide alors une manœuvre osée, en installant une mitrailleuse sur un camion. C'est hélas encore un échec : les oiseaux se meuvent plus aisément que le camion, et les soubresauts de celui-ci empêchent de toute façon l'artilleur en charge du tir, de décocher la moindre balle.

Le 8 novembre, 6 jours après le premier engagement, 2500 balles avaient été tirées. Le nombre d'adversaires décimé étaient incertain : certaines sources affirmèrent qu'une cinquantaine d'oiseaux avait été tués, tandis que les fermiers établissaient les pertes ennemies à 200, voire 500. Le rapport officiel du major Meredith à ses supérieurs, précisa avec fierté qu'aucune perte n'avait été enregistrée dans les rangs de ses hommes. La bataille était toutefois loin d'être gagnée, et l'ornithologue Dominic Serventy la commente sur un ton plus qu'ironique[2]
"The machine-gunners' dreams of point blank fire into serried masses of Emus were soon dissipated. The Emu command had evidently ordered guerrilla tactics, and its unwieldy army soon split up into innumerable small units that made use of the military equipment uneconomic. A crestfallen field force therefore withdrew from the combat area after about a month." -- D. Serventy
"Les rêves des artilleurs, de tirer à bout portant dans les masses compactes et immobiles d'émeus, furent vite dissipés. Le commandement Émeu avait vraisemblablement ordonné l'usage de tactiques de guerilla, et sa grande armée s'était très vite divisée en petites factions, rendant inefficace l'utilisation de l'équipement militaire de son adversaire. Après un mois de campagnes infructueuses, celui-ci ne put se résoudre qu'à abandonner le terrain." (traduction NatureXtreme)
Encore le 8 novembre, la Chambre des Représentants discuta de la tournure que prenaient les évènements : la presse insistait sur le manque d'efficacité de l'armée australienne, arguant que seuls quelques émeus avaient été tués, et commençait à évoquer le ridicule d'une telle guerre. Pearce retira le personnel militaire et rendit les armes le même jour[3]. Après la retraite, le Major Meredith défendit son courage et sa bravoure, insistant sur les capacités hors normes de ses adversaires, et leur résistance, même lourdement blessés : 
"Si nous avions une division qui savait esquisser les balles comme le font ces oiseaux, celle-ci pourrait faire face à n'importe quelle armée dans le monde. Ils savent faire face aux mitrailleuses avec l'invulnérabilité d'un tank! Ils sont comme les Zoulous, que même les balles Dum-dum ne peuvent arrêter." -- Major Meredith
Second round

G. Pearce, connu comme "l'homme de la Guerre des émeus"
De leur côté, les émeus continuaient leurs stratégie de contrôle du territoire et saccageaient sans ménagement les terres agricoles, au point que les fermiers durent organiser des rondes autour des points sensibles, et demander à nouveau avec insistance, l'aide du gouvernement. La sécheresse et les fortes températures amenaient effectivement des milliers d'émeus sur les cultures et autours des fermes. Le premier ministre James Mitchell appuya le renouvellement d'une intervention militaire devant le sénat, et le 13 novembre, le Major Meredith fut à nouveau envoyé au combat.

Les deux premiers jour d'affrontement furent un "succès" pour l'armée australienne, avec près de 40 émeus tués. Les jours suivants furent moins heureux. Toutefois, le 10 décembre, le rapport du Major Meredith indiqua que 986 ennemis avaient été anéantis, avec 9860 balles tirées. Selon le Major, 2500 adversaires auraient également subit des blessures probablement mortelles, ce qui se présentait comme un résultat nettement inférieur aux prévisions. L'opération prit fin avec cet échec cuisant, et pour un coût qui devint un brûlant sujet de conversation pour la Chambre des Représentants. Certains se demandaient si l'armée allait prendre à sa charge les dépenses. D'autres se demandaient si l'on oserait décerner des médailles pour une guerre pareille[4]. L'armée se retirait officiellement, ne pouvant faire face à la résistance et la ténacité des volatiles.

A la place d'une action militaire de spectaculaire envergure, un système de récompense, déjà mis en place dès 1923, semblait davantage porter ses fruits, avec près de 60 000 récompenses distribués en 6 mois, en 1934.

Finalement, le gouvernement se résoudra en 1953 à une méthode plus efficace[5], qu'il aurait bien sûr du appliquer dès le départ : 52 000$ permirent de construire de larges enclos pour préserver les cultures de l'envahisseur. Sans violence, sans armes, sans militaires.

Outre celles des journaux locaux, de nombreuses opinions se sont fait connaître, qui dénonçait cette guerre, comme une farce grotesque ou un crime de masse contre une population animale. Tout le ridicule de cette guerre était amplifiée par l’inefficacité de l'armée, le coût de l'opération, la cruauté avec laquelle on tentait d'exterminer les oiseaux, tout autant que les raisons du conflit et la disproportion des méthodes choisies. Lorsque par exemple, le Sénateur Guthric demanda qu'on employa des méthodes moins barbares (textuellement, par ailleurs, il demandait des méthodes plus "humaines", comme si l'usage d'une mitrailleuse n'était pas typiquement humaine... A-t-on déjà vu des animaux se servir de mitrailleuses?), Pearce lui répondit que ceux qui n’étaient pas familier avec les émeus ne se rendaient pas compte des dommages que ceux-ci infligeaient à l'agriculture. Étonnant argumentaire, censé justifier le recours à l'artillerie pour déloger - définitivement - quelques oiseaux qui étaient là bien avant les immigrés humains?

Cette histoire à la fois triste et insolite s'est finalement soldée, bien heureusement, par le retrait des troupes armées et la victoire des émeus. Honte sur les hommes : non seulement d'avoir perdu, mais surtout d'avoir commencé!

[1] Machine Guns sent against Emu pest, the Canberra Times
[2] Casuariiform, Encyclopedia Britannica
[3] Attack on emus, Minister approves on Resumption, The Argus 12 novembre 1932.
[4] How we lost the Emu War, Geo Magazine.
[5] A new strategy in the War on the Emu, The Sunday Herald, 5 Juillet 1953.


Le Grand Trou Bleu de Belize

Un magnifique oeil bleu profond dans la mer, entouré d'une fine bande circulaire de terres émergées, se détache du fond turquoise des eaux de la Mer des Caraïbes. C'est à 70 km de Belize City, dans l'atoll qui porte son nom, que se dévoile la superbe grotte sous-marine dont le survol révèle toute la splendeur, le Grand Trou bleu de Belize. Véritable merveille géologique, ce trou quasi circulaire, recouvert par les eaux de l’océan Atlantique, est, selon le célèbre et regretté J.Y. Cousteau, l'un des 10 meilleurs emplacements pour faire de la plongée.

Le Grand Trou Bleu de Bélize vu du ciel
L'oeil des Caraïbes

D'un diamètre de plus de 300 mètres, et profond à son plus bas niveau, de 124 mètres, le Grand Trou Bleu de Belize se présente, vu du ciel, comme un large disque d'un bleu profond, se démarquant des eaux turquoises et des récifs alentours, comme la pupille d'un oeil bleu clair sur l'océan. Cette doline sous marine se situe approximativement au milieu du récif du phare (Lighthouse Reef), à quelques 70 km des côtes de Belize City.

L'histoire du site et de son exploration

Ce site est rendu fameux en 1971, après son exploration par l'équipe du Commandant Jacques-Yves Cousteau. Ce dernier y amena  son navire, la Calypso, afin de sonder les profondeurs de l'abysse sous-marine. A l'occasion de ses investigations, Cousteau fut en mesure d'en révéler l'origine typiquement karstique, expliquant la naissance du trou marin, probablement formé dans les 200 derniers millénaires :

1/ La dissolution : par érosion, les roches calcaires ont été creusées au dessous du sol alors émergé (entre 160 000 et 70 000 ans)
2/ l'effondrement : la roche constituant le toit de la cavité s'est effondré (phénomène nommé fontis). Le fond du sol accumulant rapidement, à partir de ce moment, les argiles imperméables
3/ le comblement : à la fin de la dernière grande glaciation, le niveau des mers a augmenté, comblant ainsi la cavité souterraine pour en faire ce qu'elle est aujourd'hui.

Vue aérienne par la NASA
Le site a subit une alternance de période immergées et émergées qui en ont certainement favorisé l'érosion. Ces périodes se devinent à l'aspect des stalactites et stalagmites que l'on peut observer en profondeur, signant l'existence d'au moins 4 périodes de terres émergées : il y'a 153 000 ans, 66 000 ans, 60 000 ans, et à la dernière période glaciaire (10 000 ans). Ces périodes se constatent également par les rebords laissées sur les parois du trou, à 21, 49 et 91 mètres de profondeur. Certaines des stalactites et stalagmites (atteignant jusqu'à 8 mètres de long!) ont une orientation basculée de 5° par rapport à la verticale, démontrant que le site a également subit des transformation de nature tectonique.

Sa plus importante profondeur, 125 mètres, a été ramenée à 124 mètres en 1997, suite à des investigations menée par les scientifiques Anthony Jones et Robert Dill, de la Cambrian Foundation. Avec les moyens de plongée et d'observation plus récents que ceux du commandant Cousteau, cette équipe a pu explorer de fond en comble le Grand Trou Bleu et ses cavernes, mais également des sites proches, au sein du Lighthouse Reef, comme sa fissure la plus profonde, atteignant 152 mètres.

Le grand Trou Bleu de Bélize est désormais un site touristique prisé des plongeurs, qui doivent néanmoins prendre garde d'acquérir matériel et expérience nécessaire pour le visiter, étant donné les profondeurs vers lesquelles mènent certains tunnels et certaines caves. Certaines espèces auxquelles il faut également faire attention peuplent le trou, comme des requins-nourrice et des requins de récifs.

Toutefois, il faut rappeler que de nombreux plongeurs repartent déçus : s'attendant à plonger dans un monde à la beauté spectaculaire, ou faune et flore rivalisent de splendeur, ils se rendent bien vite compte qu'il ne s'agit là que d'un trou, certes profond, certes grand, mais dont les caractéristiques écologiques sont tout à fait ordinaires. La beauté du site ne réside pas dans son écologie, quoique certains gros poissons puissent y être rencontrés, mais dans la particularité de sa formation géologique.

Le grand Trou Bleu de Bélize est classé au patrimoine mondial par l'UNESCO en 1996, comme partie du Lighthouse Reef et plus précisément, de la Réserve de la Barrière de récif de Bélize.


Description du site

The Great Blue Hole of Belize, vu par l'USGC
Le Grand Trou bleu est une doline d'aspect quasi-parfaitement circulaire, entourée de récifs soulignant cet aspect, réalisant eux-même, presque un cercle complet de roche. Le diamètre du trou atteint pour sa plus haute valeur, la taille de 318 mètres! C'est également un trou bleu véritable de part le contraste que le bleu profond des abysses, provoque avec les belles eaux turquoises qui l'entourent, créant avec les barrières de récif, un véritable lagon à l'intérieur de l'océan


La profondeur de 124 mètres (précédemment 125) en font le second trou marin le plus profond, après le Dean's blue hole des Bahamas. Cet écart entre deux mesures séparées de 25 ans, s'expliquent probablement par le processus relativement rapide de sédimentation : il n'y a plus de vagues ou de mouvement au delà de 20 mètres de profondeurs, aussi, le trou agit comme un piège à sédiment dès que ceux-ci passent ce seuil. De telles rapidités dans le processus de sédimentation se rencontrent couramment dans les grands trous bleus.

Le sablier marin

Accentuant encore l'efficacité du piège, le grand trou bleu de bélize a une forme de sablier géant, probablement aidée par un phénomène écologique tout à fait fascinant : dans le fond du trou, entre 90 mètres et 101 mètres de profondeur, l'eau a un aspect marron spécifique d'une saturation en dioxyde de souffre (H2S). Au dessus et en dessous, l'eau conserve son caractère translucide - mais l'eau en dessous ne contient plus d'oxygène. Cette bande d'eau saturé en hydrogène vient de la décomposition des matières organiques par des micro-organismes vivant dans le trou, car celui-ci agit également en piège pour les matières organiques : lorsqu'elles tombent dans le trou, elles sont décomposées en hydrogène sulfuré (carbone et oxygène s'échappent), participant à une baisse du Ph, donc une hausse de l'acidité, qui participe elle même en retour à l'érosion calcaire.

Le cimetière du mur Ouest

50 mètres en dessous du niveau de la mer, une cavité particulière a été découverte en 1997, sur le flanc ouest du grand Trou Bleu de Bélize, la West Wall Cave. Une large entrée mène vers un tunnel s'élevant d'une dizaine de mètre, et s'étendant sur 46 mètres. Cette cave contient de nombreux squelettes de tortues et d'autres créatures marines... Or la profondeur de cette cavité coïncide avec celle où l'on trouve la majorité des stalagmites. Cette cave aurait-elle été par le passé un ancien garde manger d'une créature amphibie ou teresstre?

Les secrets de l'enfance

Outre l'orientation des stalagmites, suggérant au moins une période de basculement du trou suite à des contraintes de nature tectonique, certains mystères quant à sa formation, n'ont toujours pas été élucidés.

Une doline sous-marine nécessite généralement d'avoir été hors de l'eau, pour pouvoir se former, or le trou est particulièrement profond (sa vraie profondeur excédent bien entendu 125 mètres, puisque le trou s'est progressivement rempli de sédiments). Le niveau de la mer n'a guère pu descendre aussi bas dans les quelques 200 000 dernières années!

D'autre part,  elle nécessite également de puissants courants d'eau douce pour éroder la roche, et donc, nécessite de grandes étendues de terres émergées alentours pendant sa formation. Or, le Lighthouse reef est perdu au milieu de profondeurs abyssales, entouré de hautes mers et séparé du continuant par une vallée sous marine de 1200 mètres de profondeur.


Les mécanismes de formation du Grand Trou bleus de Bélize restent donc encore partiellement inconnus à ce jour et constituent une énigme géologique fascinante.

Un peu de culture sur les trous marins

Le Trou bleu de Dean (img : Ton Engwirda)
Les trous bleus (ou trous marins) surnommés ainsi à cause du contraste coloré qu'ils provoquent, d'un bleu profond aux abords du bleu turquoise des roches et récifs alentours, se sont formés pour la plupart après la dernière période glaciaire : pendant celle-ci, alors que le niveau des mers était relativement bas, les pluies acides et courant d'eau douce ont creusés dans ces endroits calcaires, de gigantesques grottes. Certaines en ont vu leur plafond s'effondrer. Lorsque la période glaciaire s'est terminée, l'eau a inondé toutes les galeries calcaires souterraines, donnant naissance à ces cavités sous-marines merveilleusement insolites.

Beaucoup de ces trous marins sont de très célèbres lieux de plongée, le plus profond étant le Trou bleu de Dean, (202 mètres), l'un des plus dangereux étant le Trou bleu de la Mer Rouge : selon les autorités, près de 40 personnes se seraient laissées surprendre par la profondeur de celui-ci, en cherchant un emplacement célèbre connu sous le nom d'Arche, peu visible. Les plongeurs continuaient leur descente sans voir l'arche, et finissaient par périr par les effets de la profondeur. L'un d'eux, l'israélo-russe Yuri Lipski, a même, sans le vouloir, filmé sa mort dans les profondeurs bleues, à 91 mètres de la surface. Les trous bleus se montrent de bien dangereuses et fascinantes merveilles!

Tourisme : c'est par où?

Le Grand Trou Bleu de Bélize se situe aux coordonnées 17°18'55" Nord ; 87°32'4" Ouest, dans l'atoll de belize, à 70 km du continent et de Belize city.


Sources et références :

  • Gatis Palvis (2010). The Great Blue hole, Wondermondo
  • Jacques-Yves Cousteau (1973). Galapagos - Titicaca - The Blue Holes. London: Cassell.
  • Tysall, T. N. (1999). "The Belize Blue Hole Exploration Project.". In: Hamilton RW, Pence DF, Kesling DE, eds. Assessment and Feasibility of Technical Diving Operations for Scientific Exploration. (American Academy of Underwater Sciences). Retrieved 2011-01-08.
  • A.T.Jones and R.F.Dill (2002). "The Great Blue Hole of Lighthouse Reef Atoll, Belize, Central America: Deep Technical Diving to Collect Sea-Level Records". p181-195. Caribbean Geology Into the Third Millenium. Transactions of the Fifteenth Caribbean Geological Conference. Edité par Trevor A. Jackson. 2002.